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2 avril 2011

Souffrance au travail. L'éléphant accouche d'une souris



         Suite aux divers événements qui surviennent dans les grandes organisations (France Télécom, Renault, Pôle emploi, Areva etc.) des gestes ont été fait, des  plans et autres questionnaires ont été construits, des rapports on été remis aux ministères concernés 
Il est question la plupart du temps de méthodologies pour réduire le stress, le repérer et proposer des actions visant à le prendre en charge.

       Dans un entretien paru dans Le Figaro du 15 octobre 2007 Patrick Légeron

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déclare : «Je compare le stress à un océan avec beaucoup de vagues. Notre travail est d’éviter que les marins se noient. Cela passe par la réduction de certaines vagues inutiles et aussi par une aide pour faire des marins de meilleurs navigateurs.
Comprenne qui pourra : y a t’il des vagues superflues et à quoi peuvent-elles bien ressembler ? Comment apprendre à des salariés à louvoyer dans les passes étroites de l’organisation ? Comment les fortifier pour affronter le mauvais temps organisationnel ?

         Un consensus s'est établi entre les négociateurs autour d’une terminologie aussi floue que le "stress"  : le risque psychosocial . Cette notion a le mérite de décentrer le véritable débat qui devrait porter sur la souffrance et ses différents modes d’extériorisation, sur les raisons du mal-être, sur la violence du monde du travail qui a toutes les allures d’un combat quotidien sur le caractère pathogène des relations de travail. Marlène Benquet, comme pour souligner la distanciation, titre son article dans Médiapart de 2008  : « Vous ne souffrez pas, vous venez de rencontrer un risque psychosocial »

         Ces éléments ont débouché sur des négociations et des signatures d'accords entre les partenaires le 2 juillet 2008 en donnant au passage une nouvelle définition du stress qui situe le salarié au centre du processus et sous sa responsabilité : « Un état de stress survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face »

           En février 2010 le rapport Lachman Larose Penicaud Moleux à la demande du premier ministre préconise 10 points généraux qui ont le mérite de d’interpeller l’organisation du travail et le management . Malgré leur pertinence, les entreprises ne prendront actes de  ces éléments qu’a minima
Si on reprend la terminologie employée cette notion de risque psychosocial est largement imprécise et peu scientifique.
On a montré le risque statistique de produire du cholestérol en ingérant de grandes quantités de matières grasses. On prouvé le risque statistique de produire une tumeur au poumon si on fume trop de cigarettes. On comprend moins le risque psychosocial encouru dans l'exercice du travail sans que l'incidence du travail et son impact sur la santé ne soient pris au nom des économies , des réductions de dépenses, de la concurrence et de la performance de l’organisation 

         Alors tout se passe donc comme si risque était présent en filigrane dans le processus de travail et que l'individu y était confronté à cause de son stress trop élevé ! 
On pourrait aussi bien dire qu’a cause de la faible résistance au stress le risque encouru est plus grand. C’est naturellement une Lapalissade qui reprend à son compte l’idée que le stress est bon pour l’action à condition qu’il ne dépasse pas un certain plafond. Pour ceux des salariés qui résistent le moins bien, l’adéquation avec l’engagement, la force mentale, la capacité à s’adapter et bientôt la compétence sont questionnés et rapidement dénoncés.

         Sur le terrain, les évènements se précipitent.  France Télécom missionne  le cabinet Technologia qui propose un questionnaire à plus de 100 000 salariés avec 75% de retour. Ce questionnaire reprend le SUMER de 1987 qui pointait déjà la dégradation des relations de travail 
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            Le rapport intermédiaire de Technologia est à peine publié, mettant en avant le maintien de conditions de stress au sein du groupe France Télécom et une défiance vis à vis de la direction, que la nouvelle équipe dirigeante riposte en annonçant la signature de deux accords à minima définissant de nouvelles modalités de travail pour les salariés.
Ce qui avait été présenté comme avancée managériale est loin d’être spectaculaire d’autant que le problème avait déjà été identifiée par l’enquête SUMER ( Surveillance Médicale des Risques) de 1987 et débouchant elle aussi et c’est le moins qu’on puisse dire, sur un « oubli » du dossier

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