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13 juin 2011

Souffrance au travail. Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés (Marie Pezé)

      Les organisations ont compris les messages de l'économie et du marché qui dicte leur conduite. Il s'agit de progresser, de viser la performance et l'excellence. Il s'agit de faire plus et au mieux, à moyens constants... et de tenter de faire comprendre aux salariés que s'ils ne se plient pas aux normes ils risquent au minimum la perte de leur emploi avec, ce qui est présenté comme la catastrophe ultime, la liquidation de l'entreprise.
     Rendre les salariés acteurs de la pérennité de leur entreprise, de leur emploi , de leur outil de travail, de leur subsistance, voilà des techniques de culpabilisation assez bien rodées qui, en s'accompagnant d'un arsenal de procédures de contrôle des résultats, reporting et autres auto contrôles, emprisonne les salariés dans un univers de règles qui ne sont que  des gardes fous  , les empêchant d’être créatifs et innovants et reponsables.

     Le comble de l'absurde est atteint lorsque des soignants se voient assigner des quotas de traitement à réaliser au mépris de l'évidente disparité des individus présentant des pathologies similaires. Ainsi l’hôpital devient un centre de profit ou le temps et la durée des prises en charge sont comptés selon des critères qui ne sont plus du tout médicaux mais financiers. Bien sûr les dirigeants et autres gestionnaires financiers argueront que les budgets ne sont plus ce qu'ils étaient et que pour rester pérenne il faut économiser ou gagner en productivité. Du point de vue libéral les arguments sont irréfutables. Du point de vue strictement humain ils réifient les individus jusqu'à un point de non retour qui a été, et c'est un précédent, reconnu récemment comme accident du travail.

     Certaines catégories de cadres ne sont pas épargnées. Il s'agit de ceux relevant de l'accord de 2000 instituant un forfait jour pour lequel, au vu de leur activité et de leurs responsabilités il ne sont plus soumis à l'amplitude horaire maximale et journalière légale. Ce sont des cadres intermédiaires qui rêvant d'être calife à la place du calife se plient à des horaires démentiels qui interdisent toute activité personnelle. Ce statut n'est bien entendu pas passé inaperçu et certaines organisations, ont nommé des cadres en les affublant de titres hyperboliques et grotesques. L'objectif étant naturellement de rayer de la carte l'horaire maximum légal afin de générer des bénéfices qui sont sans commune mesure avec les augmentations mineures de salaire que procurent ces nouveaux statuts.

     Les organisations vont adosser leur démarche à des procédures qui, faisant suite au défunt "droit d'expression des salariés" et en réponse à une demande de clarté dans les propositions d'évolution professionnelle, vont apparaitre comme parfaitement démocratiques, une réponse aux exigences syndicales et faire illusion ...au moins un temps !

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